Survol historique

Construction du premier phare de Métis

En 1873, R. Cameron de Lancaster, en Ontario, obtient le contrat de construction d’un phare à Métis. Cameron en a déjà bâti plusieurs le long du Saint-Laurent, près des Mille-Îles. Le phare construit à Pointe-Métis coûte 3518 $, dont 1425 $ pour l’éclairage et les accessoires. Il est fait en bois et mesure 40 pi (12,2 m) de haut. La tour, en fer, fait 7,5 pi (2,3 m) de diamètre.

Le phare ouvre le 20 octobre 1874. Son premier gardien, Jules Martin, habite un logement à la base de la tour. Tout comme aujourd’hui, le phare est peint en rouge et blanc : le bâtiment est blanc et la tour et la lanterne sont toutes deux rouges. L’apparence de l’ensemble changera peu au cours des trois décennies suivantes. Le St. Lawrence Pilot le décrit ainsi aux marins de passage dans son édition de 1906 :

Un phare de section carrée, de 40 pieds[12.2 m] de haut, et peint tout en rouge vif, sur la Pointe-Métis, présente, à 56 pieds [17 m] au-dessus de la laisse de haute mer, un feu à changement de coloration rouge et blanc en alternance chaque minute, qui devrait être visible à une distance de 13 milles par temps clair. Le logis du gardien est rattaché au phare… ce dernier est doté d'un poste de télégraphe et de signalisation.

Pendant un temps, il semble que Métis puisse devenir une installation portuaire importante grâce à l’augmentation marquée du trafic maritime dans la région. Selon les souvenirs de John H. Ferguson, « il était difficile d’accéder à Métis à l’époque – on devait voyager dans des goélettes – de vieux rafiots massifs – aux cabines petites et nauséabondes. Des vapeurs, on comptait seulement quelques remorqueurs du gouvernement, et aucun chemin de fer de ce côté de Montréal. » Quand la popularité de Métis comme station estivale augmente, les navires arrivent à un rythme plus régulier. La Gulf Port Steam Ship Company, dont Ferguson est l’agent local, lance un service hebdomadaire depuis Québec et aux quinze jours depuis Montréal. Les navires jettent l’ancre au large de Métis et les passagers sont transportés en canot vers la rive. L’enthousiasme est tel qu’en 1878 le Canadian Illustrated News écrit : « M. J.C. Grant, anciennement de Rimouski, construit un hôtel à la Pointe, à proximité du débarcadère des vapeurs. » L’embellie est toutefois de courte durée. L’arrivée du chemin de fer Intercolonial à Petit-Métis en 1876 et l’ouverture d’une gare à cet endroit mettent un terme aux visées de Métis comme installation portuaire.Grâce au service ferroviaire régulier entre Montréal et Halifax, la région est facile d’accès et rejointe plus rapidement par train que par bateau. À l’occasion, l’idée ressurgira et recueillera l’appui enthousiaste de la collectivité. Ainsi, en 1896, Robert Reford, agent maritime de Montréal et résidant de Métis en été, est de ceux qui adressent une pétition au gouvernement afin de construire un quai à Pointe-Métis qui procurerait un abri sûr aux navires en détresse. L’initiative est, entre autres, une réaction au quasi-naufrage du SS Canadia qui s’échoue dans la baie de Petit-Métis après avoir heurté un rocher près de Matane. Mais le projet est aussi d’empêcher le gouvernement de dépenser plus d’argent pour le quai de Rimouski, considéré comme un gaspillage par les expéditeursde Montréal puisqu’aucun gros navire ne peut y accoster. Leurs efforts sont vains – Métis ne réussit pas à obtenir son quai, alors que celui de Rimouski est agrandi et amélioré.

 

Le second phare

En 1909, le phare de bois est remplacé par une tour en béton, de cette nouvelle génération construite partout au Canada et conçue selon des normes de durabilité et de rigueur. Mise en application d'une technique de construction en ferrociment – en béton armé, essentiellement –, la tour est bâtie pour soutenir le poids d’une lentille plus lourde et plus puissante. Surmontée par un fanal en fer de 12 pi (3,6 m) de diamètre, elle fait maintenant 82 pi (25 m) de hauteur. En 1923–1924, la construction en ciment double en taille et, de phare à section circulaire devient hexagonal. Mises à part quelques modifications légères, la tour est toujours la même aujourd’hui.

Le feu

Avec le plan focal à 69 pi (21 m) en hauteur, le phare est d’une hauteur semblable à celle des autres de l'époque. Le feu dont il est équipé est beaucoup plus puissant que celui dont son prédécesseur était muni. Grâce à une lentille dioptrique, le feu produit par la combustion de kérosène est plus fort et précis que celui obtenu avec la lentille parabolique qu’il remplace. La lentille optique mesure 4 pi 8 po (1,4 m) et pèse plusieurs tonnes. Le feu de Métis est manufacturé en Angleterre. Il produit trois flashs, à des intervalles d’une seconde entre chacun, suivis par une éclipse de 4,75 secondes. Cette séquence est conçue pour aider les marins qui montent et descendent le Saint-Laurent : Cap-Chat est doté de deux flashs, Métis de trois et Pointe-au-Père, de quatre. Le feu de Métis, comme tous ceux qui datent de la même époque, tourne grâce à un système de contrepoids, dans un environnement à friction réduite produit par des roulements à billes lubrifiés au mercure liquide.

La corne de brume

Le plus grand danger à la navigation sur le bas Saint-Laurent ne vient pas de la force de la mer, des rochers ou des hauts-fonds, mais du brouillard, provoqué naturellement par la rencontre de l’eau froide et de l’air chaud. Là où l'eau douce des rivières rencontre le Saint-Laurent, le phénomène s’amplifie. À Métis, le brouillard diminue la visibilité en moyenne pendant 1000 heures par année. Cet état de fait sert à justifier l’implantation d’une corne de brume. On installe un diaphone dans un nouveau bâtiment construit en 1918 au nord du phare. La trompette du diaphone pointe en direction nord et est située à 28 pi (8,5 m) au-dessus de la laisse de haute mer. Un moteur à essence actionne la corne de brume à air comprimé qui avertit les navires en contrebord de la mauvaise visibilité et leur enjoint de rester au large. Comme le feu, chaque phare a sa corne de brume distinctive. À Métis, par exemple, à la fin de la longue note le ton descend,ce qui permet aux navires de savoir où ils se trouvent. C’est le 1er avril 1971 que se tait la corne de brume de Métis. L’équipement est démantelé et retiré. Le bâtiment, converti, est devenu un laboratoire pour les chercheurs du ministère des Forêts et, dernièrement, de l’Université Laval.

Plus de détails sur l'histoire du phare sont disponibles dans le livre "Le Phare de Métis".

 

 

 

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Gravure du phare d'après un dessin de Thomas Fenwick, 1877

 

 

 

 

Le deuxième phare en attente de sa lanterne

Phare en forme conique

Phare en forme octogonal